Didier Dagueneau
Didier Dagueneau est l'un des rares vignerons français dont le nom même a valeur de légende. Installé dans le petit village de Saint-Andlen, dans l'appellation Pouilly-Fumé, dans la vallée de la Loire, il a, pendant environ 25 ans, repoussé les limites, expérimenté et produit un sauvignon blanc que personne d'autre ne produisait dans la région. Il est décédé en septembre 2008, à l'âge de 52 ans, dans un accident d'avion impliquant un ULM. Depuis lors, l'exploitation viticole est dirigée par son fils Louis-Benjamin et sa fille Charlotte.
L'histoire
Dagueneau est né en 1956 à Saint-Andelen dans une famille qui y cultivait la vigne depuis plusieurs générations. Il était un viticulteur de la quatrième génération, mais il ne voulait pas rejoindre l'entreprise familiale selon les conditions de quelqu'un d'autre. Au lieu de cela, il a passé plusieurs années à participer à des courses internationales de moto side-car et, en 1982, il est retourné dans son village et a construit son propre domaine à partir de zéro. Sa première parcelle était de 1,2 hectare à En-Chaille et, la même année, il a commercialisé son premier millésime. Il s'inspire de la Bourgogne, ses principales influences étant Henri Jayer et Edmond Vatan, et applique cette approche au cépage sauvignon blanc dans la Loire, ce que ses voisins considèrent en grande partie comme inutile, voire erroné. Il a critiqué publiquement la pratique répandue de la surexploitation dans l'appellation, s'est fait des ennemis, mais s'est finalement vu donner raison. À sa mort, il était considéré comme l'un des plus importants producteurs de vin blanc en France.
Louis-Benjamin, qui avait 26 ans à la mort de son père, avait travaillé à ses côtés dans les vignes et à la cave. Il en prend immédiatement la direction et Charlotte le rejoint. Les résultats ne se sont pas fait attendre. En 2018, le domaine a décidé de reclasser ses vins en "Vin de France", abandonnant le système d'appellation, un geste typiquement provocateur de Dagueneau, exécuté cette fois par la nouvelle génération.
Le vignoble
Le domaine s'étend sur 12 hectares, autour de la colline de Saint-Andlen. Chaque hectare est entretenu par environ un employé à plein temps, un ratio pratiquement inconnu dans la Loire et plus typique des meilleurs domaines bourguignons. Les rendements sont maintenus à un niveau bas, généralement entre 50 et 75 % de la production des domaines voisins. Le sol est labouré, parfois à l'aide de chevaux, pour favoriser la croissance des racines en profondeur. Les vendanges sont effectuées à la main, en plusieurs passages, et seuls les raisins ayant atteint une maturité optimale sont cueillis. Pas de raccourci. Le domaine exploite également environ 3 hectares à Jurançon, dans le sud-ouest de la France.
Le terroir
Saint-Andélen est situé sur un mélange de différents types de sols, ce qui a constitué la base de l'approche de Dagueneau, axée sur le travail parcellaire. Sur le haut des pentes, le silex, silice mélangée à de l'argile, prédomine, ce qui permet un bon drainage du sol et confère aux vins une note minérale caractéristique. En bas de pente, les sols sont plus riches en argile. D'autres parcelles sont situées sur des marnes calcaires ou des argiles à silice. Chaque type de sol donne un résultat bien différent, et Dagueneau les a traités comme des vins à part entière plutôt que comme des ingrédients d'un assemblage.
Les raisins
La quasi-totalité de la production du domaine est constituée de sauvignon blanc, cultivé sur différentes parcelles à Pouilly-Fumé et sur une seule parcelle à Sancerre. L'exception est le vin de Jurançon, Les Jardins de Babylone, qui est élaboré à partir du cépage Petit Manseng, un vin doux issu de vignobles en terrasses situés au pied des Pyrénées.
La viticulture
Dagueneau a été l'un des premiers producteurs de la Loire à commencer à fermenter et à élever le sauvignon blanc en fûts de chêne, à une époque où cette tradition était pratiquement inexistante dans la région. Cette approche a été inspirée par la Bourgogne, mais appliquée avec prudence : le chêne est utilisé pour donner de la texture et un contact avec les lies, plutôt que pour ajouter de l'arôme. Seules les levures indigènes sont utilisées pendant la fermentation, sans acidification ni chaptalisation. Les vins sont élevés sur lies pendant environ 12 mois sans soutirage dans des fûts de différentes tailles, y compris des fûts en forme de cigare de 320 litres et des foudres plus grands de 600 litres, après quoi ils sont transférés dans des cuves pour quelques mois supplémentaires avant d'être mis en bouteille. Louis-Benjamin poursuit ses expériences en matière d'emballage, notamment en céramique et en verre.
Les vins
Le domaine produit plusieurs vins issus de parcelles spécifiques.
- Le Silex, le plus connu, est issu de vieilles vignes (âgées de 60 à 90 ans) sur des argiles siliceuses au sommet de la colline de Saint-Andlen.
- Le Pur Sang est principalement issu des raisins du vignoble de La Folie, situé sur un sol argileux profond mêlé de calcaire.
- Le Buisson Renard, issu de raisins cultivés sur des sols argileux plus fertiles en bas de pente, a un goût plus rond.
- L'Astéroïde, issu de vignes non greffées datant d'avant le phylloxéra, est produit en très petite quantité.
- Le Blanc Etc (anciennement Blanc Fumé de Pouilly) est le vin d'entrée de gamme du domaine, un assemblage de jeunes raisins provenant de différentes parcelles.
- Les Jardins de Babylone est un vin doux de Jurançon produit en collaboration avec le vigneron local Guy Potra.
Tous les vins de Pouilly sont aptes au vieillissement ; les vins les plus sérieux nécessitent une décennie ou plus pour atteindre leur apogée.
Les meilleurs millésimes
Les vins de Didier figurent parmi les vins de sauvignon blanc les plus recherchés au monde, et ce pour une bonne raison : les meilleurs millésimes sont : 1989, 1990, 2002, 2005, 2010, 2014 et 2016.
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