Liber Pater
Bordeaux abrite d'innombrables domaines viticoles qui visent la perfection. À l'inverse, Liber Pater s'efforce de faire revivre le caractère et les saveurs d'antan.
Dans un petit vignoble situé dans la commune de Landiras, dans les Graves, Loïc Pasquet travaille depuis 2005 à recréer les saveurs du Bordeaux d’avant l’épidémie de phylloxéra du XIXe siècle qui a ravagé les vieux vignobles. Pour ce faire, il utilise des vignes non greffées, des cépages oubliés tels que le Castets et la Petite Vidure, une densité de plantation pouvant atteindre 20 000 pieds par hectare, et recourt à des mules pour effectuer des tâches habituellement réalisées par des tracteurs.
En conséquence, Liber Pater est devenu l’un des noms les plus controversés de la région, en partie à cause du vin lui-même, en partie à cause de son prix, et en partie parce que les règles du système d’appellation et les ambitions de Loïc Pasquet n’ont pas toujours fait bon ménage.
Histoire
En 2016, un tribunal de Bordeaux a statué contre Pasquet dans une affaire concernant des subventions à la promotion des exportations, une décision qu’il a contestée et contre laquelle il a fait appel, affirmant avoir été victime d’un partenaire commercial. Une autre affaire, portant sur les règles d’appellation et sa densité de plantation inhabituellement élevée, a été partiellement infirmée en appel en 2017.
Pasquet a acquis ce domaine en 2005 à Graves, situé à Landiras. Le premier millésime qu’il a supervisé date de 2006, ce qui, selon les normes bordelaises, fait de Liber Pater un domaine véritablement jeune
Le nom provient du dieu romain, associé à Bacchus, qui symbolise la vigne, le vin et l'abondance. C'est un nom tout à fait approprié pour ce projet, fondé sur l'idée que la véritable identité de Bordeaux est antérieure aux conventions actuelles.
Ce vin a acquis un statut culte presque du jour au lendemain. En l’espace de quelques années seulement, une seule bouteille s’est mise à se négocier à plusieurs milliers d’euros, et le Liber Pater est devenu l’un des vins les plus rares et les plus recherchés de France.
Cependant, ce sont précisément les choix qui ont rendu ce vin unique qui ont mis Pasquet en conflit avec les autorités. En 2016, un tribunal bordelais a donné tort à Pasquet dans une affaire concernant des subventions à la promotion des exportations, une décision qu’il a contestée et contre laquelle il a fait appel, affirmant avoir été victime d’un partenaire commercial. Une autre affaire, portant sur les règles d’appellation et sa densité de plantation inhabituellement élevée, a été partiellement infirmée en appel en 2017.
Landiras, un mulet et une très vieille charrue
Le vignoble Liber Pater est situé sur la commune de Landiras, dans l'appellation Graves, et est relativement petit. En raison de sa taille réduite, M. Pasquet cultive lui-même l'ensemble du vignoble avec l'aide d'un seul mulet.
C'est la densité de plantation qui distingue le plus clairement ce vignoble des pratiques bordelaises modernes. Certaines parcelles comptent jusqu'à 20 000 pieds par hectare, soit environ le double de la moyenne régionale. Plus la densité de plantation est élevée, plus la concurrence entre les pieds est vive et plus le rendement par pied est faible.
De plus, les rendements sont volontairement maintenus à un faible niveau. Les outils agricoles utilisés reflètent également cette philosophie. Les vignes sont entièrement travaillées par Pasquet et une mule, à l’aide d’outils viticoles traditionnels tirés par des chevaux plutôt que par des tracteurs.
Les vignes ne sont pas greffées et sont plantées sur leurs propres racines plutôt que sur des porte-greffes américains. C’est là la caractéristique la plus distinctive de ce lieu, et tout le reste en découle.
Pourquoi le sable est-il si important ici ?
Les vignes non greffées sont rares dans la région bordelaise, et la raison en est claire : cela tient au phylloxéra, ce parasite des racines qui a dévasté les vignobles européens à partir des années 1860. La solution a consisté à greffer les cépages sur des porte-greffes américains résistants, ce qui est devenu une pratique courante.
Liber Pater a résolu ce problème en tirant parti du sol. Les vignobles du domaine sont plantés sur un sol sableux mêlé de gravier, et le phylloxéra peine à se reproduire dans ce type de sol. C’est précisément grâce à cela que Pasquet peut cultiver des vignes non greffées.
Pasquet affirme que le profil aromatique des vins de Bordeaux a été définitivement altéré lorsque les vignobles ont été convertis à la greffe à la suite de l’épidémie de phylloxéra, et que les vins issus de vignes cultivées en racine dans le sol sablonneux des Graves offrent une expérience sensorielle que l’on trouve rarement dans la région aujourd’hui.
Que l’on soit d’accord ou non avec cette affirmation, c’est précisément le sol qui rend ce projet physiquement possible.
Les cépages que le Bordeaux a oubliés
La plupart des cépages cultivés à Liber Pater ne passeraient pas inaperçus ailleurs dans les Graves. Pasquet a replanté des cépages courants à Bordeaux au milieu du XIXe siècle, mais qui avaient depuis discrètement disparu ; certains d’entre eux ne sont pas autorisés à la culture selon la réglementation actuelle de l’INAO.
Au lieu d'acheter des clones, les plants de vigne ont été sélectionnés selon la méthode de sélection massale, qui consiste à prélever des boutures sur de vieilles vignes.
Les cépages présents dans les vignobles et les vins sont les suivants :
- Castets
- Petite Vidure
- Tarnay-Coulant
- Saint-Macaire
- Le malbec, l'un des rares cépages connus de la plupart des amateurs de vin
L'absence totale de Merlot est l'une des caractéristiques qui définissent ce vin. Le cabernet sauvignon est également absent de l'appellation ; cependant, Liber Pater utilise le nom « Petite Vidure » pour désigner ses sélections massales non greffées de cabernet sauvignon, qui constituent la majeure partie de l'assemblage. Il utilise donc l'ancien nom du cabernet sauvignon afin de les distinguer des vignes conventionnelles greffées.
Des amphores, des fûts et une macération de deux mois
Le millésime 2015 a fermenté en amphores et a été élevé à 85 % en amphores et à 15 % en barriques ; depuis 2018, le vin est vinifié exclusivement en amphores
Pasquet allie méthodes traditionnelles et modernes, sans se soucier, semble-t-il, de cette contradiction apparente.
Les amphores en argile s’inscrivent dans cette démarche. Le millésime 2015, par exemple, a été vinifié dans des amphores en argile grise d’une capacité de 250 et 400 litres, puis, après deux mois de macération, il a été élevé pendant trois ans. Cette approche s’inspire davantage de l’époque pré-phylloxérique que du style bordelais moderne.
Le millésime 2015 a fermenté en amphores et a été élevé à 85 % en amphores et à 15 % en barriques ; depuis 2018, le vin est vinifié exclusivement en amphores.
Il en résulte, selon Pasquet, un vin de style bordelais du XIXe siècle imprégné d’une sensibilité moderne. Personne d’autre dans la régiondes Graves ne produit de vin de cette manière.
Les vins
Tout comme le label « Liber Pater » lui-même, le nom « Denarius » est de plus en plus connu. Comme pour tous les produits du domaine, les volumes de production sont extrêmement faibles, conséquence directe des faibles rendements et de la petite taille du vignoble de Landiras.
Le prix reflète non seulement cette rareté, mais va bien au-delà. Liber Pater figure parmi les vins les plus chers au monde, ce qui illustre mieux l'engouement du marché pour l'histoire antérieure à l'épidémie de phylloxéra que la référenceclassique des Graves.
Foire aux questions
Où se trouve exactement Liber Pater?
Dans la commune de Landiras, au sein de l'appellation Graves, au sud-est de Bordeaux.
Qui dirige le domaine?
Loïc Pasquet, qui a acheté la propriété en 2005 et en est à la fois le propriétaire et le vigneron. Il cultive lui-même le vignoble.
Pourquoi Liber Pater est-il si cher?
Des volumes très faibles, des rendements extrêmement bas, un travail à la main et à dos de mule, ainsi qu’une forte demande pour un vin qui se veut la reconstitution du Bordeaux d’avant le phylloxéra. Le millésime 2015 était vendu à plusieurs dizaines de milliers d’euros la bouteille.
Que signifie « non greffé », et en quoi est-ce important?
Les vignes poussent sur leurs propres racines plutôt que sur des porte-greffes américains résistants au phylloxéra, ce qui est possible grâce au sol sablonneux. Loïc Pasquet affirme que c'est là l'élément central du goût authentique du Bordeaux.