Château du Tertre de Roteboeuf
De nombreux domaines bordelais réputés ont bâti leur renommée, outre bien sûr la qualité de leurs vins, de manière traditionnelle : grâce au système de classement, à de vastes caves et à une série de critiques élogieuses dans la presse. Tertre Rôteboeuf n’a suivi aucune de ces voies. Situé à flanc de coteau à Saint-Laurent-des-Combes, à quelques kilomètres au sud-est de Saint-Émilion, il s’étend sur une superficie de moins de six hectares et n’a jamais demandé à figurer dans le classement. De plus, elle ne vend pas de vin en primeur. Malgré tout cela, ou peut-être justement pour cette raison, son vin est très recherché dans le monde entier.
Histoire
Le vignoble est historique, mais sa réputation ne l’est pas. Jusqu’à la fin des années 1970, ce domaine était simplement connu sous le nom de « Château Le Tertre », un nom qu’il partageait avec plusieurs autres propriétés de la région et auquel personne ne prêtait vraiment attention. Il appartenait à Émile Gilard et, à sa mort en 1961, le domaine revint à sa fille Émilie, que tout le monde appelait Miloute. À cette époque, elle et son mari François Mitjavile vivaient à Paris et menaient des carrières qui n’avaient rien à voir avec le vin.
Le couple décida de prendre lui-même en main la gestion du domaine. Aucun des deux ne savait faire du vin ; François partit donc se former. Il passa environ deux ans à travailler au Château Figeac, puis revint et prit les rênes de l'exploitation après les vendanges de 1977. 1978 fut le premier millésime qu'il produisit de son propre chef.
L’une de ses premières mesures fut de changer le nom du domaine. Il y avait trop de « Tertres » dans les environs ; il ajouta donc « Roteboeuf », un nom tiré d’anciennes cartes de la région. Ce nom se traduit approximativement par « taureau qui rote » et fait référence aux bœufs qui, autrefois, tiraient les charrues sur cette colline, dont la pente est suffisamment raide pour que les bœufs aient apparemment émis des sons caractéristiques en effectuant ce travail. La partie haute du domaine, autour de la maison, s’appelle « Tertres » ; la partie basse de la pente est « Roteboeuf ».
Pendant de nombreuses années, presque personne n’y prêtait attention. Le domaine était à peine mentionné dans les guides classiques sur Bordeaux au milieu des années 1980. Puis les vins des millésimes du milieu à la fin des années 1980 ont commencé à faire leur apparition, et sa réputation s’est très vite développée.
À la fin des années 1980, Mitjavile souhaitait étendre son vignoble, mais les prix pratiqués à Saint-Émilion étaient hors de sa portée ; il a donc acheté Roc de Cambes, dans les Côtes de Bourg, un autre coteau en forme d’amphithéâtre. Depuis lors, la famille a étendu son patrimoine viticole. Son fils Louis et l’épouse de ce dernier, Caroline, ont acquis dans les années 2000 un domaine situé sur les coteaux de Castillon, qu’ils ont rebaptisé « L’Aurage ». Sa fille Nina dirige quant à elle le Roc de Cambes.
Le vignoble
À tous égards, il s'agit d’un petit domaine, d’environ 5,7 hectares. Il se compose d’une seule parcelle sur un seul versant, que l’on peut parcourir à pied en quelques minutes.
Cette parcelle s’inscrit dans le prolongement de la même bande de coteau sur laquelle se trouvent Pavie et Larcis Ducasse, s’avançant comme une sorte de péninsule. Troplong-Mondot est situé à proximité. Les vignes sont exposées au sud et au sud-est, descendant en pente depuis la maison vers un sol plus sablonneux qui rejoint finalement la Dordogne. La parcelle a la forme d’une demi-coupe, une caractéristique qui explique en grande partie son succès : elle capte tôt le soleil du matin et conserve la chaleur.
Les volumes de production sont donc modestes ; lors d'une année type, ils varient entre 20 000 et 25 000 bouteilles. Un seul vin y est produit.
Terroir
De l’argile sur calcaire, la formule classique des Côtes de Saint-Émilion, mais avec quelques particularités. Le sous-sol retient relativement peu d’eau, de sorte que les vignes ne baignent jamais dans la boue ; de plus, selon certaines sources, on trouve plusieurs types d’argile sur la parcelle, plutôt qu’une seule couche homogène. Le calcaire sous-jacent fait le reste, offrant aux racines l’espace nécessaire pour se développer et empêchant le vin de devenir lourd.
La pente n’est pas moins importante que le sol. Elle assure un bon drainage et se réchauffe bien ; de plus, en raison de sa légère distance par rapport au plateau, les conditions y diffèrent quelque peu de celles des vignobles situés directement au sommet. Mitjavile a toujours palissé ses vignes près du sol, ce qui favorise une maturation lente et régulière des fruits plutôt qu’une maturation précipitée.
Cépages
Le merlot est le cépage principal, représentant environ 80 %, suivi du cabernet franc qui constitue les quelque 20 % restants. On ne trouve ni cabernet sauvignon, ni malbec, ni petit verdot, ni aucun autre cépage.
L’âge moyen des vignes est d’environ 40 à 45 ans, le Cabernet Franc étant généralement un peu plus âgé que le Merlot. Les rendements sont faibles et les vendanges commencent tard, parfois à une date alarmante. L’objectif déclaré de Mitjavile est de vendanger lorsque les raisins sont à la limite de la surmaturité, au moment où ils atteignent leur apogée en termes de qualité et où, en même temps, ils deviennent les plus vulnérables. Il procède ainsi depuis un certain temps déjà ; cela semble donc désormais davantage le fruit de son expérience que le fruit du hasard.
Vinification
La cave est petite et l’approche de la vinification est délibérément simple. La fermentation se déroule pratiquement sans aucune intervention, après quoi le vin est élevé en fûts pendant environ deux ans, dont une part importante dans des fûts neufs de chêne français. Les durées d’élevage varient d’environ 18 mois à près de deux ans et demi selon le millésime, ce qui s’inscrit dans la philosophie du domaine consistant à traiter chaque année de manière individuelle.
Deux détails en disent long sur la manière dont les choses sont organisées ici. Premièrement, les fûts sont fournis par la même tonnellerie avec laquelle le domaine travaille depuis ses débuts, tandis que le degré de chauffe est ajusté en fonction du millésime concerné. Il en va de même pour le fournisseur de bouchons et l’imprimerie qui produit les étiquettes. Deuxièmement, aucun second vin n’est produit ici. Si un fût ne répond pas aux critères du grand vin, il est vendu, ce qui est inhabituel à Bordeaux et, selon Mitjavile, donne une image plus fidèle de ce qui a réellement été produit chaque année.
De plus, le domaine ne participe pas au système des « en primeur », vendant son vin directement à un cercle régulier de négociants et d’importateurs.
Les vins
Il n’existe qu’une seule étiquette : Château Le Tertre Rôteboeuf, Saint-Émilion Grand Cru. Il ne s’agit pas d’un Grand Cru Classé, car le domaine n’a jamais demandé ce statut, et Mitjavile a explicitement déclaré qu’il ne l’avait jamais particulièrement recherché. La plupart des critiques estiment que, si une demande avait été déposée, ce vin aurait facilement figuré parmi les tout meilleurs.
Foire aux questions
Le Tertre Rôteboeuf est-il un vin Grand Cru Classé ? Non. Il est commercialisé en tant que Saint-Émilion Grand Cru, ce qui correspond à une appellation générale plutôt qu’à un classement. Ce domaine n’a jamais participé au système de classement. Cela n’a aucune incidence sur la qualité ou le prix, et le vin est vendu à des prix comparables à ceux des Premiers Crus classés de l’appellation.
D’où vient ce nom ? Roteboeuf est le nom de la parcelle située au pied de la pente, et signifie « taureau qui rote » : selon la légende, les bœufs tiraient autrefois les charrues sur une colline si raide que les animaux en perdaient le souffle. Mitjavile l’a ajouté au nom d’origine « Tertre » à la fin des années 1970 afin de distinguer le domaine des autres « Tertres » de Bordeaux.
Peut-on visiter le domaine ? Pas directement : le domaine est très petit et n’est pas aménagé pour accueillir des touristes ou des visiteurs, contrairement aux grands châteaux de Saint-Émilion. Toute personne souhaitant le visiter doit contacter les propriétaires directement et à l’avance, plutôt que de se présenter à l’improviste.
Histoire
Le vignoble est historique, mais sa réputation ne l’est pas. Jusqu’à la fin des années 1970, ce domaine était simplement connu sous le nom de « Château Le Tertre », un nom qu’il partageait avec plusieurs autres propriétés de la région et auquel personne ne prêtait vraiment attention. Il appartenait à Émile Gilard, et à sa mort en 1961, le domaine revint à sa fille Émilie, que tout le monde appelait Miloute. À cette époque, elle et son mari François Mitjavile vivaient à Paris et menaient des carrières qui n’avaient rien à voir avec le vin.
Le couple décida de prendre lui-même en main la gestion du domaine. Aucun des deux ne savait faire du vin ; François partit donc se former. Il passa environ deux ans à travailler au Château Figeac, puis revint et prit la direction du domaine après les vendanges de 1977. 1978 fut le premier millésime qu’il produisit de son propre chef.
L’une de ses premières mesures fut de changer le nom. Il y avait trop de « Tertres » dans les environs ; il ajouta donc « Roteboeuf », un nom tiré d’anciennes cartes de la région. Ce nom se traduit approximativement par « taureau qui rote » et fait référence aux bœufs qui, autrefois, tiraient les charrues sur cette colline, dont la pente est suffisamment raide pour que les bœufs aient apparemment émis des sons caractéristiques en effectuant ce travail. La partie haute du domaine, autour de la maison, s’appelle « Tertres » ; la partie basse de la pente est « Roteboeuf ».
Pendant de nombreuses années, presque personne n’y prêtait attention. Le domaine était à peine mentionné dans les guides classiques sur Bordeaux au milieu des années 1980. Puis les vins des millésimes du milieu à la fin des années 1980 ont commencé à faire leur apparition, et sa réputation s’est très vite développée.
À la fin des années 1980, Mitjavile souhaitait étendre son vignoble, mais les prix pratiqués à Saint-Émilion étaient hors de sa portée ; il a donc acheté Roc de Cambes, dans les Côtes de Bourg, un autre coteau en forme d’amphithéâtre. Depuis lors, la famille a étendu son patrimoine viticole. Son fils Louis et l’épouse de ce dernier, Caroline, ont acquis un domaine sur les coteaux de Castillon dans les années 2000 et l’ont rebaptisé « L’Aurage ». Sa fille Nina gère quant à elle le Roc de Cambes.
Le vignoble
À tous égards, il s’agit d’un petit domaine, d’environ 5,7 hectares. Il se compose d’une seule parcelle sur un seul versant, que l’on peut parcourir à pied en quelques minutes.
Cette parcelle s’inscrit dans le prolongement de la même bande de coteau sur laquelle se trouvent Pavie et Larcis Ducasse, formant une sorte de péninsule. Troplong-Mondot est situé à proximité. Les vignes sont exposées au sud et au sud-est, descendant en pente depuis la maison vers un sol plus sablonneux qui rejoint finalement la Dordogne. La parcelle a la forme d’une demi-cuvette, une caractéristique qui explique en grande partie son succès : elle capte le soleil matinal très tôt et conserve la chaleur.
Les volumes de production sont donc modestes : lors d'une année type, ils varient entre 20 000 et 25 000 bouteilles. Un seul vin y est produit.
Terroir
De l’argile sur calcaire, la formule classique des Côtes de Saint-Émilion, mais avec quelques particularités. Le sous-sol retient relativement peu d’eau, de sorte que les vignes ne baignent jamais dans la boue ; de plus, selon certaines sources, la parcelle comporterait plusieurs types d’argile, plutôt qu’une seule couche homogène. Le calcaire sous-jacent fait le reste, offrant aux racines l’espace nécessaire pour se développer et empêchant le vin de devenir lourd.
La pente n’est pas moins importante que le sol. Elle assure un bon drainage et se réchauffe bien ; de plus, en raison de sa légère distance par rapport au plateau, les conditions ici diffèrent quelque peu de celles des vignobles situés directement au sommet. Mitjavile a toujours palissé ses vignes près du sol, ce qui favorise une maturation lente et régulière des fruits plutôt qu’une maturation précipitée.
Cépages
Le merlot prédomine, représentant environ 80 %, le cabernet franc constituant le reste. On ne trouve ici ni cabernet sauvignon, ni malbec, ni aucun autre cépage.
L’âge moyen des vignes est d’environ 40 à 45 ans, le Cabernet Franc étant généralement un peu plus âgé que le Merlot. Les rendements sont faibles et les vendanges commencent tard, parfois avec un retard inquiétant. L’objectif déclaré de Mitjavile est de vendanger lorsque les raisins sont à la limite de la surmaturité, au moment où ils atteignent leur apogée en termes de qualité et, en même temps, deviennent les plus vulnérables. Il procède ainsi depuis un certain temps déjà, ce qui semble désormais relever davantage de son expérience que de la chance.
Vinification
La cave est petite et l’approche de la vinification est délibérément simple. La fermentation se déroule pratiquement sans intervention, après quoi le vin est élevé en fûts pendant environ deux ans, une part importante étant élevée en fûts de chêne français neufs. Les durées d’élevage varient d’environ 18 mois à près de deux ans et demi selon le millésime, ce qui s’inscrit dans la démarche du domaine consistant à traiter chaque année de manière individuelle.
Deux détails en disent long sur la manière dont les choses sont organisées ici. Premièrement, les fûts sont fournis par la même tonnellerie avec laquelle le domaine travaille depuis ses débuts, tandis que le degré de chauffe est ajusté en fonction du millésime concerné. Il en va de même pour le fournisseur de bouchons et l’imprimerie qui produit les étiquettes. Deuxièmement, aucun second vin n’est produit ici. Si un fût ne répond pas aux critères du grand vin, il est vendu, ce qui est inhabituel à Bordeaux et, selon Mitjavile, donne une image plus fidèle de ce qui a réellement été produit chaque année.
De plus, le domaine ne participe pas au système des « en primeur » et vend son vin directement à un cercle régulier de négociants et d’importateurs.
Les vins
Il n’existe qu’une seule étiquette : Château Le Tertre Rôteboeuf, Saint-Émilion Grand Cru. Il ne s’agit pas d’un Grand Cru Classé, car le domaine n’a jamais demandé ce statut, et Mitjavile a explicitement déclaré qu’il ne l’avait jamais particulièrement recherché. La plupart des critiques estiment que, si une demande avait été déposée, le vin aurait facilement figuré parmi les tout meilleurs.
Le style du vin est reconnaissable à travers tous les millésimes : des arômes de fruits noirs mûrs ; un bouquet riche ; des tanins plus souples qu’âpres ; et une douceur fruitée issue d’une récolte tardive plutôt que d’additifs. Jeune, ce vin est généreux, ce qui incite à le boire trop tôt, mais il est capable de vieillir pendant des décennies.
Foire aux questions
Le Tertre Rôteboeuf est-il un vin de Grand Cru Classé ? Non. Il est commercialisé sous l’appellation « Saint-Émilion Grand Cru », qui est une appellation générale plutôt qu’une classification. Ce domaine n’a jamais participé au système de classification. Cela n’a aucune incidence sur la qualité ou le prix, et le vin est vendu à des prix comparables à ceux des premiers crus classés de l’appellation.
Pourquoi un nom aussi étrange ? « Roteboeuf » est le nom d’une parcelle située au pied de la pente ; cela signifie « taureau qui rote », en référence aux bœufs qui, autrefois, tiraient les charrues sur une colline si raide que les animaux en perdaient le souffle. Mitjavile l’a ajouté au nom d’origine « Tertre » à la fin des années 1970 afin de distinguer le domaine des autres « Tertres » de Bordeaux.
Peut-on visiter le domaine ? Le domaine est très petit et ne fonctionne pas comme une attraction touristique, contrairement aux grands châteaux de Saint-Émilion. Toute personne souhaitant le visiter doit contacter directement les propriétaires à l’avance, plutôt que de se présenter à l’improviste.