La Mouline

La Mouline est le vin le plus aromatique de la trilogie « La La » d’E. Guigal ; il se caractérise par un vignoble d’un hectare situé sur la Côte Blonde et par une utilisation exceptionnellement généreuse de Viognier fermenté avec de la Syrah. Ce vin provient de la Côte Rôtie, le cru le plus septentrional du Rhône septentrional, où les vignes sont plantées sur des terrasses situées sur la rive opposée du Rhône, juste au sud de la ville de Vienne.

Qu'est-ce qui distingue donc La Mouline de ses « frères et sœurs » plus connus, La Landonne et La Turque ? En un mot : les arômes. Alors que La Landonne est sombre et intense, La Mouline est florale et soyeuse. C'est le vin que choisissent les collectionneurs lorsqu'ils recherchent des arômes des plus séduisants, plutôt que l'intensité typique de la Côte-Rôtie. En 1966, il est devenu l’un des premiers vins de vignoble unique mis en bouteille dans l’appellation, ce qui a permis à celle-ci de retrouver sa place sur la scène internationale.

La Mouline

À propos de E.Guigal

Ampuis est un petit village situé sur la rive droite du Rhône, qu’Étienne Guigal a transformé en référence absolue de la Côte-Rôtie. Étienne Guigal y a fondé le domaine en 1946, après avoir travaillé pendant quinze ans chez Vidal-Fleurie, et la famille a racheté cette entreprise en 1984 (un joli renversement de situation). Aujourd'hui, le domaine possède environ 45 hectares, dont près de la moitié en Côte-Rôtie, le reste étant réparti entre Condrieu, Saint-Joseph, l'Hermitage et Crozes-Hermitage. Mais Guigal est également le premier négociant de la vallée, gérant environ 40 % de la production totale de Côte-Rôtie et près de 45 % de celle de Condrieu, pour une production totale avoisinant les sept millions de bouteilles par an. Marcel Guigal dirige l'entreprise avec son fils Philippe, maître de chai depuis 1997. La vendange tardive est une tradition de la maison. Ils sont généralement parmi les derniers à vendanger de l’appellation.

Histoire et patrimoine

La Mouline a existé discrètement pendant près de 20 ans avant d'attirer l'attention du public. Ce vin issu d'un seul vignoble a fait son apparition en 1966, mais c'est au début et au milieu des années 1980 que tout a basculé. Robert Parker a dégusté « La Las » de Guigal et l'a salué dans ses chroniques. La Côte Rôtie, qui avait longtemps été dans l'ombre de l'Hermitage, fut soudainement très recherchée dans le monde entier.

Guigal a continué à investir, à acquérir des terres (Vidal-Fleury en 1984, les domaines de Vallouit et de Jean-Louis Grippat en 2001, ainsi que le Domaine de Bonserine en 2006) et est resté fidèle à sa philosophie de culture à long terme. Les vins que vous achetez aujourd’hui sont plus ou moins les mêmes que ceux des années 1980.

Terroir et climat

La Mouline est située en plein cœur de la Côte Blonde, sur des sols plus clairs et plus pâles qui ont donné son nom à cette partie de la Côte Rote. Le substrat rocheux est constitué de gneiss et de granit, recouvert d’une couche arable légère et limoneuse ainsi que d’une couche de loess calcaire, un monde à part par rapport au schiste riche en fer de la Côte-Brune voisine. La différence est évidente dans le verre : la Côte Blonde offre arômes et soyeux, tandis que la Côte-Brune offre de la puissance.

Le sol léger et bien drainé favorise le raffinement plutôt que la puissance. Ajoutez à cela les terrasses qui serpentent à flanc de coteau en formant un amphithéâtre romain et dont la pente peut atteindre 60°, l’influence réchauffante du Rhône en contrebas, ainsi que des vignes dont les plus anciennes remontent à 1893 et dont l’âge moyen avoisine le siècle, et vous obtenez l’un des vignobles les plus caractéristiques du Rhône septentrional.

Cépages

L'assemblage de La Mouline se présente comme suit :

  • 89 % de Syrah : fruits noirs, poivre, structure.
  • 11 % de Viognier, fermenté dans les mêmes cuves que la Syrah.

Ce pourcentage de Viognier est le plus élevé des trois vins La La (La Landonne est 100 % Syrah, La Turque environ 7 %). La co-fermentation est très importante ; il s'agit d'un véritable mariage de vignobles, et non d'un assemblage ultérieur. Le Viognier apporte des notes d'abricot et de fleurs et adoucit les tanins. La Mouline peut donc être dégustée plus ouvertement et plus jeune que ses consœurs.

Vinification

Le choix déterminant pour La Mouline réside dans son élevage : il est élevé dans des fûts de chêne français 100 % neufs (petits fûts de style bordelais de 225 litres) pendant environ 42 mois. Autrement dit, trois ans et demi. La plupart des vins seraient écrasés par une telle proportion de chêne neuf. La Mouline, quant à lui, s’en imprègne.

Pourquoi ? Parce que la concentration de vieilles vignes sur la Côte Blonde et la maturation tardive des raisins, à laquelle Guigal reste fidèle, confèrent au vin suffisamment de corps pour intégrer le chêne plutôt que de s'en épuiser. La fermentation s'effectue dans des cuves en acier inoxydable, avec des remontages traditionnels ; la fermentation et la macération durent environ quatre semaines. Les fûts sont fabriqués dans l’atelier de Guigal, ce qui est rare dans le monde du vin.

Quels sont les meilleurs millésimes de La Mouline ?

La Mouline est un vin très régulier. Les millésimes exceptionnels sont (4 dernières décennies) : 1985, 1990, 1991, 1998, 1999, 2003, 2005, 2010, 2018.

Accords Mets & Vins

La texture soyeuse et la saveur vive du La Mouline exigent des plats alliant richesse et finesse. Voici quelques plats avec lesquels il s'accorde particulièrement bien :

  • Pigeonneau rôti ou magret de canard accompagné d'une sauce aux cerises ou aux mûres, dont le fruité fait écho au viognier.
  • Une simple selle de chevreuil rôtie.
  • Une daube de bœuf à la lyonnaise mijotée à feu doux, où l'acidité du vin vient contrebalancer le gras.
  • Des fromages affinés tels que le comté, le beaufort et les fromages aux noix.

Servir à 16-17 °C. Si vous souhaitez vous faire plaisir, les plats à la truffe constituent un accord classique avec ce vin.

Conseils de Service

Servir La Mouline à 16-17 °C. À une température plus élevée, l'alcool prendrait le dessus et masquerait les arômes. Décantez les vins jeunes pendant au moins 90 minutes et les bouteilles vieilles (de plus de 15 ans) pendant 30 minutes. Pour bien percevoir les arômes, il est préférable d'utiliser un grand verre en forme de coupe, comme un verre à Bourgogne, plutôt qu'un verre à Bordeaux.

Millésimes

La Mouline fait preuve d’une remarquable régularité d’un millésime à l’autre, mais son style évolue : les années plus chaudes, comme 2018 et 2019, apportent davantage de maturité, des notes d’abricot plus prononcées issues du Viognier et des arômes plus denses qui peuvent être appréciés plus tôt ; les années plus fraîches comme 2016 et les millésimes plus classiques comme 2012 et 2013 sont plus aromatiques et structurés, avec des notes épicées de poivre noir et des tanins fermes qui nécessitent un vieillissement.

Pour un vieillissement à moyen terme, les millésimes plus chauds de 12 à 15 ans conviennent. Pour un vieillissement plus long, les millésimes plus structurés exigent de la patience pendant 20 ans ou plus. Les bouteilles plus anciennes ont tendance à coûter plus cher, ce qui se justifie compte tenu de la lenteur avec laquelle ce vin se dévoile.

Potentiel de Garde

La plupart des vins de La Mouline mettent entre 10 et 15 ans à s'épanouir pleinement, et les meilleurs peuvent se conserver entre 25 et 30 ans s'ils sont bien conservés. Ce vin se caractérise par des tanins fermes mais fins, une belle acidité et une belle concentration, qui sont le fruit de vieilles vignes et de rendements très faibles à l'hectare. 12-14 °C, à conserver couché, à l'abri de la lumière. Avec le temps, le fruité évolue de la framboise vers la tapenade et les notes de sous-bois.


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