Chateau Grillet
Il est extrêmement rare qu'un domaine viticole constitue à lui seul une appellation. Le Château Grillet est l'un de ces rares cas. Sur un versant situé entre les villages de Vérin et de Saint-Michel-sur-Rhône, dans le nord de la vallée du Rhône, une parcelle de vignoble en terrasses forme un amphithéâtre naturel surplombant le fleuve, et seule cette parcelle porte le nom d’« Appellation Château-Grillet Contrôlée ». Entouré par l’appellation bien plus vaste de Condrieu, ce vignoble peut véritablement être qualifié de monopole. En d’autres termes, il n’a qu’un seul propriétaire, un seul vignoble et un seul nom sur la carte.
Le cépage est le Viognier, et le vin est un vin blanc. La production a toujours été limitée, et depuis très longtemps, ce vin est collectionné, fait l’objet d’articles et suscite une concurrence acharnée. Dans les années 1930, le critique gastronomique Curnonsky a classé ce vin parmi les cinq meilleurs vins blancs du monde.
L'histoire
Selon la légende, au IIIe siècle, l’empereur Probus aurait rapporté des vignes de Dalmatie sur ce versant montagneux, et ce sont ces collines baignées de soleil qui ont donné son nom à ce lieu. Cet endroit servait également de refuge aux intellectuels érudits. Girard Desargues, géomètre, architecte et conseiller de Richelieu, se retira au Château Grillet en 1648, pendant la Fronde. Son ami Blaise Pascal y séjourna en 1652 et évoqua ce vin dans ses *Pensées*.
À la fin du XVIIIe siècle, des bouteilles de ce vin commencèrent à faire leur apparition partout où se côtoyaient l’argent et les palais raffinés. Thomas Jefferson visita ce domaine en 1787. Un inventaire dressé en 1814 à Malmaison, la résidence de l’impératrice Joséphine, recense 296 bouteilles de Château Grillet parmi les meilleurs vins de la cave ; en 1829, James Christie acheta ce vin pour le roi George IV. À l’époque, son prix était équivalent, voire supérieur, à celui de l’Hermitage et de la Côte-Rôtie.
Au XXe siècle, le plus fervent défenseur du domaine fut Fernand Point, chef à Vienne ; son restaurant, La Pyramide, fut le premier à obtenir trois étoiles Michelin. Il servait régulièrement ce vin et entretint pendant de nombreuses années une correspondance avec M. Gachet, alors propriétaire du domaine.
La famille Baratin était propriétaire du domaine depuis 1830. En 1994, alors que les vendanges commençaient, Isabelle Baratin a soudainement hérité du domaine à la suite du décès inattendu de son père ; pendant de nombreuses années, elle a dirigé le domaine presque seule, apprenant les ficelles du métier et le rénovant progressivement.
En 2011, elle a cédé la propriété au Groupe Artémis de François Pinault, propriétaire du Château Latour (à Pauillac) et du Domaine d’Eugénie (en Bourgogne). Cette vente a mis fin à près de deux siècles de propriété familiale et a marqué le début d’un nouveau chapitre caractérisé par des investissements considérables.
Quatre hectares, un seul bloc
Le Château Grillet est un vignoble d'un seul tenant qui, selon les estimations du domaine, s'étend sur environ 4 hectares. Il n'y a ni parcelles éparpillées, ni parcelles isolées situées dans d'autres communes. Tout se trouve ici même.
Le vignoble, escarpé et en terrasses, s'étend le long du versant en forme de fer à cheval, du sud vers le sud-est ; le Rhône coule en contrebas et des collines l'entourent à l'arrière. Cette forme en amphithéâtre n'est pas une métaphore, mais bien la topographie réelle du site, et elle est toujours mise en avant comme une caractéristique essentielle lorsqu'on décrit la propriété.
Le vignoble étant entièrement enclavé au sein de Condrieu, il n’y a pas de voisins au sein de l’appellation. Un seul propriétaire détient l’ensemble de ce terrain, ce qui explique que le nom du domaine et celui de l’appellation soient identiques.
Le terroir
C’est l’emplacement qui fait toute la différence. Les vignobles en terrasses, disposés en cuvette, captent la lumière et retiennent la chaleur ; le nom même de ce lieu vient de ces collines brûlées par le soleil. L’exposition plein sud des pentes abruptes du Rhône septentrional constitue un atout majeur, et ce vignoble en est l’un des meilleurs exemples.
Il est impossible d'utiliser des machines dans des vignobles en terrasses comme celui-ci. En raison de la pente raide, le travail manuel est indispensable.
L'ombre est tout aussi importante que la lumière du soleil. Situé entre Vérin et Saint-Michel-sur-Rhône, ce vignoble est bordé par une rivière qui coule au pied de la pente.
Viognier
Un cépage unique. Le Château Grillet est planté exclusivement de Viognier, ce même cépage qui caractérise la région voisine de Condrieu, et le vin qui y est produit est un vin blanc pur, issu d’un seul cépage.
Cela est inhabituel, même selon les normes du Rhône septentrional, car les assemblages deviennent de plus en plus courants à mesure que l'on descend vers le sud.
La vinification
En 2000, Isabelle Baratin a engagé Denis Dubourdieu, un consultant bordelais, pour superviser l’amélioration du processus de vinification et a parallèlement entrepris des travaux de rénovation sur le domaine. Des progrès notables ont été constatés, reconnus même par les viticulteurs voisins à l’époque. Des changementsencore plus importants ont eu lieu après 2011. Le Groupe Artémis a nommé Frédéric Engerer, qui dirige le Château Latour, au poste de directeur général, et au cours des dix années suivantes, les investissements se sont poursuivis tant dans les vignobles qu’au sein de la cave.
Les raisins sont récoltés à pleine maturité dans de petites caisses et triés avec soin directement dans le vignoble plutôt qu’à la cave. Ils sont ensuite pressés délicatement, et la vinification s’effectue parcelle par parcelle. Vient ensuite l’élevage : 18 mois sur lies fines en barriques, avec une proportion délibérément faible de fûts neufs, afin que le bois ne masque pas le caractère fruité caractéristique du vin de ce château. Le vin fini est ensuite assemblé par un mélange minutieux.
Pour le Château Grillet, la vinification est un équilibre entre le savoir-faire artisanal et la précision d’un joaillier. Une équipe de quatre personnes, dirigée par le directeur du domaine Alois Ueto, travaille sur place toute l’année, et tout y est fait à la main, car la pente ne permet rien d’autre.
Les vins
La gamme de vins du Château Grillet est restreinte. On y trouve le grand vin, issu de l’appellation monopole du domaine, dont les vignes ont en moyenne 40 ans. Il est élevé pendant au moins 24 mois dans un mélange de fûts de chêne neufs et anciens. La production est modeste.
Le deuxième vin blanc est le Condrieu La Carterie, produit pour la première fois en 2017 à partir de raisins issus de douze terrasses jouxtant le château, couvrant une superficie d’environ 0,25 hectare de sol granitique en haut du coteau, au sein de l’appellation Condrieu. Il est plus corsé et plus intense que le Grillet.
Vient ensuite un Côtes du Rhône, anciennement connu sous le nom de Ponsen, qui est le second vin commercialisé pour la première fois à partir du millésime 2011. Il porte le nom d’une dame du domaine. Il est élaboré à partir de raisins issus de jeunes vignes et de parcelles situées en dehors des limites de l’appellation, ce qui explique qu’il ait été déclassé sous l’appellation générique « Côtes du Rhône ».
Et enfin, il y a une eau-de-vie, la Fine Eau-de-Vie de Marc des Côtes du Rhône.